18/04/2020 – Jour 33 - Ecouter le silence
La rumeur s'est éteinte. Facile ! Il n'y en a que peu. Même au plus lourd de la journée, même au creux de la semaine, la rumeur est discrète, légère, supportable. Enfin ! 
Mais rumeur quand même. Quand même c'est déjà trop. Presque trop. 
Les arbres ont désormais revêtu leurs habits d'été, clinquants et transparents pourtant, discrets. 
Le soleil tombe et des centaines de moucherons s'éveillent, montent avec l'air encore chaud de la fin de journée. Un oiseau répond à son voisin d'arbre. 
Le monde est en apnée. Mais plutôt que d'attendre stupidement la surface de l'eau pour une grande inspiration, il semble petit à petit comprendre. Comprendre qu'il doit apprendre à respirer dans l'eau. Trouver l'oxygène dans l'H2O. 
Chacun redécouvre l'humilité de l'oxygène. Un seul des deux atomes suffirait même. « O » me suffit, « O2 » c'est du luxe ! 
Chacun redécouvre la joie plus simple d'un sentier herbeux entre les hêtres et les charmes, guidé par la clarté du soleil qui pénètre encore la forêt en ce début de printemps. 
L'Angélus a sonné il y a un moment déjà, à toutes volées légères. Sa douceur me ramène au tableau de Millet et à l'humilité vraie de ces paysans interrompant leur tâche pour se pencher, vers la terre, modestement, sincèrement. Remerciant dans leur corps, dans leur être pour qu'elle leur offre. La lumière est là, ténue et discrète et vraie. On ne sait encore si c'est le jour qui capitule ou la nuit qui gagne. En fait, si, on sait. De combat, il n'y en a pas. Ni l'un ni l'autre. Comme dit si bien Jacques Brel « pour qu'un ciel flamboie, le rouge et le noir ne s'épousent-ils pas ? ». La lumière épouse le noir. La carté épouse les ténèbres. La nuit épouse le jour. Rien n’existe que notre perception. Tout est là. 
UN. 
Après une éclipse partielle derrière le gros merisier, le soleil réapparaît et inonde ma carcasse posée au milieu des carex, du lierre et des véronique, des lilas exubérants libérés et des milliers de fleurs blanches rosées du pommier centenaire, bientôt. 
Encore, jusqu'à ce que l'on comprenne vraiment, qu'on s'imprègne jusqu'à notre moelle créatrice, jusqu'au cœur de nos cellules universelles et fertiles qui, elles, savent depuis longtemps, depuis toujours la teneur du message. 
Comprendre qu'il n'y a rien à comprendre. Pas plus qu'à faire. Juste à être. 
Écoutons, absorbons, goûtons, savourons le miel de ce qui nous est offert depuis la nuit des temps et que nous avions fini par oublier, renier, offenser. 
Tel est le message que l'univers nous offre, doucement, subtilement. Bienveillant. 
Tandis qu'un nuage estompe à nouveau la clarté, je reste là, béat. Confiant. Joyeux. Doucement joyeux. 
La lumière s’estompe et les fragrances montent, se mêlent les unes aux autres. Tout embaume le parfum de la vie, le lilas mêlé à l'herbe qui s'endort. 
Même les bruissements d'aile diffusent leur parfum. Celui des sons et des songes prochains.
© Eric Benoit