06/04/2020 – Jour 21 – nation apprenante 

Sur la télévision, un logo s'affiche en haut à droite. 
Je lis « nation apprenante » et j'ai peur, j'ai si peur que nous n'apprenions rien. De la peur de nous tous avec cette épidémie, à la sidération, tout s'est transformé en appréhension puis en habitude presque et une forme d'accoutumance. 
Il semble que déjà le monde s'accoutume, au décompte des morts, des lits, des statistiques, des sous qu'on consacre ou pas à cette cause aux multiples facettes, des sous qu'on a ou qu'on a pas, des trains de corbillards vidant les Ephad, des rues plus vides. 
Mais quand les rues se vident, j'espère encore que les têtes se remplissent, de bon, de lien, de soi et des autres, de vie et de nature, aspirées dans un tourbillon salvateur nous extrayant de la torpeur de ce siècle dernier. 
Mais il semble déjà qu'on nous indique la meilleure manière de nous accoutumer, d'accepter, tout, les attestations à remplir, les courses contraintes et pour beaucoup la promiscuité et les nerfs qu'il faut tenir mais ce n'est rien encore, car derrière l'accoutumance ils préparent déjà la reprise sous accoutumance, la reprise sous couvert de privations, encore, mais de liberté cette fois. 
Déjà les sinistres costards/cravates des ministères alignent les ordonnances permettant de travailler autant que les polonais, autant que les chinois bientôt, d'assouplir le code du travail comme jamais il ne l'a été, de brimer les libertés comme ils l'ont déjà fait lors des dernières lois d'urgence terroristes. L'urgence a bon dos... 
Les coréens ont géré l'épidémie de manière imposante d'efficacité, grâce aux tests systématiques en particulier... Mais on ne retient, pour la France, que le pistage GPS des téléphones pour contrôler la reprise des activités. 
Hier, 30 flics sur une aire d'autoroute pour contrôler les contrevenants potentiels non munis de l'attestation fatale ; en prime un cagoulé armé d'un fusil d'assaut au cas où l'un d'entre nous serait tenté de prendre la fuite … Zyed et Bouna ne sont pas loin. 
Des drones de la gendarmerie qui interpellent, chez eux, un couple et son chien, près de Pont à Mousson. 
On nous a accoutumé au reste, et petit à petit, grâce aux médias asservis, on tente de nous accoutumer au reste. 
Il tentent de nous accoutumer au renouveau sans rien de nouveau, à la résurrection pascale sans renaissance, à la restauration de l'ancien régime qui déjà leur manque tant. 
Ils veulent nous précipiter déjà vers les mêmes écueils, le même mur. Il leur convient ce mur, ils aiment les murs puisqu'ils sont du bon côté, il les protègent et rend invisible tout ce qu'ils ne veulent pas voir. Mais y-a-t'il un bon côté avec un mur. Un mur est un mur, il sépare et nous avons besoin de lien. 
On dénombre 800 morts chaque jour en France (un peu plus qu'hier puisque désormais on compte les invisibles des Ephad honteux) mais ils sont déjà tous à la reprise, le dé-confinement, le renouveau de l'ancien monde inchangé qu'ils se prennent tous à regretter ; ils y travaillent d'arrache-pied. Les travailleurs travaillant, les métros bondés, les châteaux visités, les touristes en bande et les avions crachant leur kérosène... On respire ! 
Oui ils y travaillent avec cœur, avec joie et entrain et nous préparent le meilleur du meilleur. 
Comme ils nous ont promis le cœur sur la main un autre monde, des services publics, de santé comme priorité des priorité « quoiqu'il en coûte », se trament leurs entourloupes comme le montre si bien cette lettre promettant des centaines de nouvelles suppressions d'emploi dans les hôpitaux nancéiens en même temps qu'on passe la brosse à reluire sur l'engagement sans faille du personnel de santé qui a sauvé cette crise du pire qu'ils nous ont savamment préparé depuis des décennies. 
On attend d'eux le meilleur et ils nous préparent le pire.
© Eric Benoit